L’excellence et l’innovation au service d’un écochai d’exception
Sur La Côte vaudoise, un chai absolument unique vient de naître avec cinq bâtiments en bois, recouverts de panneaux de liège. Un projet d’avant-garde qui symbolise l’engagement de Schenk Suisse SA envers la durabilité, l’ancrage local et le patrimoine. Et pour une fois, le label « écoresponsable » n’est pas usurpé ! Ce nouveau complexe industriel fait le pari de l’économie vertueuse en bannissant toute énergie fossile.

Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
Intégré dans la pente, le nouveau site industriel affiche fièrement son orientation vinicole avec ses imposantes façades recouvertes de panneaux de liège expansé. Le complexe profite de la déclivité de la parcelle qui est de quelque 16 m. La vendange arrive au sommet du terrain, puis par la simple force de la gravitation terrestre, les raisins tombent dans les presses et suivent la pente jusqu’à la distribution.
Investir pour durer. S’engager dans la construction durable. Telle est la ligne directrice proclamée par le Groupe Schenk en présentant son nouvel outil industriel : la Cité du Vin. Et le résultat est à la hauteur des attentes. Son nouveau chai sur les hauteurs de Rolle se veut un modèle d’innovation et de respect environnemental. Les cinq bâtiments en bois organisent les caves de manière rationnelle et offrent un dialogue, sous le même toit, avec tous les métiers du vin : vinification et administration, mise en bouteille et logistique…
Matériaux
nobles et naturels
Sous la houlette de l’architecte genevois, Jean-Frédéric Luscher, le projet de
chai écoresponsable a été mené dans un souci obsessionnel de performance
durable, ce qui sous-entend de limiter au maximum le superflu, l’à-peu-près, le
non essentiel : « Nous avons essayé d’être dans l’efficacité et la construction
durable. Pour cela, nous avons fait appel au bois pour les charpentes, les
façades, les dalles intermédiaires et les toitures. Pas moins de 1950 m3
d’épicéa vaudois. Avec dans certaines halles des portées de 25 m ! Les parois
sont en terre crue, dont 160 m3 de terre récupérée sur site. C’est la première
fois en Suisse que le terrabloc est utilisé à aussi large échelle, celle d’un
bâtiment complet.
Du béton a certes été employé, mais 25 % de béton était recyclé en utilisant les gravats des bâtiments préexistants qui ont été rasés. L’isolation des fondations est assurée notamment par 600 m3 de verre recyclé. 1280 m3 de liège expansé, produit valorisé à partir des résidus de liège, assurent l’isolation thermique des façades des halles. »
Le liège justement, symbole associé au vin, est exposé fièrement sur 8000 m2. Les qualités intrinsèques de ce tissu végétal sont connues : le produit est naturel, étanche, résistant, phono absorbant, imputrescible et recyclable à l’envi. Deux couches de panneaux en liège expansé naturel de 80 mm d’épaisseur, hauts de 1 m, larges de 50 cm, recouvrent tout le complexe. Fixé mécaniquement sur la structure bois, le premier panneau moins dense assure l’étanchéité. La seconde plaque est pour sa part collée, sertie dans un cadre métallique pour assurer l’étanchéité d’angle.

Crédit image: Jean-A. Luque
Le bois et le liège assurent une structure et enveloppe aussi dépouillées que durables.
« Au Portugal, l’utilisation de liège en façade est chose connue, explique Jean-Frédéric Luscher. Mais même si dans le Alto Douro, il peut faire froid, voire geler en hiver et pleuvoir, les conditions climatiques chez nous sont différentes avec, en été, des pluies intenses et des orages. C’est pour cela que nous avons mené une étude climatique et étudié les régimes de vent, les thermiques, pour le séchage. Le bâtiment va vivre au rythme des pluies et du soleil. La façade va varier de couleur au fil du temps. Et dans cinquante ans, le liège pourra être recyclé en granulat réutilisable à l’envi. »
Pour ce qui est du risque incendie, le choix du liège, catégorisé en classe RF3, a été possible aussi par l’installation d’un système sprinkler sur l’ensemble du bâtiment et de détails soigneusement étudiés. Une séparation coupe-feu entre le niveau de la mise en bouteille et les stocks a été prévue par une prolongation du nez de dalle en béton au nu de la façade.
Mettre à profit
la pente
Outre l’utilisation maximale de matériaux nobles et recyclés, cette Cité du Vin
se veut en harmonie avec la topographie environnante. Ce terrain en pente,
l’architecte en a fait son allié pour la conception de la cuverie construite
selon les principes « gravitaires » très respectueux des vins : peu énergivore,
moins fatiguant pour les équipes, ce parti-pris est une parfaite illustration
du concept voulu par le maître d’ouvrage et de ses engagements.
La plupart des grandes caves en Suisse ont un plancher à niveau. Ce qui implique que la vendange est déposée dans une fosse, puis repompée – avec force énergie – plus haut pour être vinifiée. A Rolle, rien de tout cela. L’idée est de profiter de la déclivité de la parcelle qui est de quelque 16 m. La vendange arrive au sommet du terrain, puis par la simple force de la gravitation terrestre, les raisins tombent dans les presses. Quant au vin, il coule avec des pompages doux dans les cuves, un gage de qualité supplémentaire.
A déambuler dans les bureaux du complexe, on s’étonne presque du dépouillement des lieux. Les parois en terre crue n’autorisent pas de saignées pour cacher les canaux techniques. Tout est dès lors apparent. Un low tech revendiqué où tous les systèmes sont visibles, vite modifiables ou réparables. L’électricité vient du sol ou des plafonds avec parfois des lamelles ouvertes pour habiller ces derniers. Mais pour travailler de la manière la plus rationnelle et efficace possible, les concepteurs du chai ont dû faire le saut du BIM. « Ce prototype était impossible à faire sans le BIM et… très compliqué à faire avec, résume Jean-Frédéric Luscher. Nous sommes aux limites humaines de l’alimentation en information du BIM. »

Crédit image: Jean-A. Luque
La Cité du Vin est à la pointe de la technique. Les cuves flambant neuves et tout l’appareil industriel ont été élaborés pour l’efficacité et l’économie énergétique.
Autant la structure du projet semble simple, autant la technologie associée à la vinification est complexe, hautement automatisée. C’est ainsi que le maître d’ouvrage s’est fixé pour objectif non seulement de développer le projet en BIM et de réunir tous les partenaires autour de la maquette numérique, mais de pousser la numérisation dans ses derniers retranchements en l’utilisant également pour le management et la maintenance.
« Nous avons pu tester notre nouveau complexe, lors de la vendange 2024 qui était une récolte faible en quantité, c’était parfait, affirme André Fuchs, directeur général de Schenk Suisse SA. Tout tourne bien, nos installations ont la bonne dimension. Nous sommes heureux de nous engager pleinement dans la durabilité. C’est une volonté affichée de la famille propriétaire qui veut également reconvertir totalement son vignoble en culture biologique. Trois quarts des domaines le sont déjà ; le dernier quart est en cours de conversion. Le groupe a pour objectif la neutralité carbone à l’horizon 2050. »
Le concept énergétique de la Cité du Vin est extrêmement ambitieux et affichera donc zéro combustible fossile, ce qui représente une économie annuelle de 700 t de CO2 par rapport à la consommation du site précédent. Le pompage des eaux du lac permet un échange thermique chaud-froid permanent. L’énergie électrique assurée par 1400 panneaux photovoltaïques posés sur les toitures végétalisées produit 60 % des besoins électriques du complexe.
Rien ne se perd
« Nous avons également la volonté de récupérer les gaz de fermentation des
déchets organiques (rafles de grappes, marcs de presse), affirme Daniel Dufaux,
directeur général des opérations Group Schenk. En effet, lors de la
fermentation alcoolique du moût, un litre de vin produit 44 l de CO2 par litre
de vin. Ce CO2 est un danger majeur pour nos équipes, mais il peut être
transformé en atout. Nous avons des projets en test avec des systèmes mobiles.
Quand cela sera au point, nous aurons une meilleure sécurité et valoriserons ce
gaz bio en production alimentaire pour des boissons gazeuses et des vins
mousseux.
Une démolition pour mieux construire demain

Quelle: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
L’ancien site du groupe Schenk, situé entre la gare et les nouveaux bâtiments, va être rasé dès cet été.
Le nouveau site industriel des caves Schenk, proche de l’autoroute n’est que la première étape de la Cité du Vin. En effet, le développement du secteur situé, à proximité immédiate de la gare de Rolle (VD), est beaucoup plus ambitieux et vise à développer un tout nouveau quartier vivant et doté d’une forte identité.
Ce projet immobilier est développé par l’entreprise Halter en collaboration avec les investisseurs Helvetia Assurances, Previs Prévoyance et Raiffeisen Caisse de retraite. Le plan de ce quartier mixte prévoit environ 330 logements et l’arrivée de 750 nouveaux habitants. L’offre diversifiée de logements, à la location, dont certains aux loyers contrôlés, sera complétée par des espaces artisanaux, commerciaux et d’activités aux rez-de-chaussée et rez supérieurs.
Caractère
industriel
Un concours
d’architecture et de paysage a été organisé pour le développement de cette Cité
du Vin. Le concours s’est conclu en septembre 2022 avec l'attribution du projet
lauréat à Studio Vulkan Landschaftsarchitektur SA de Zurich, en collaboration
avec LRS Architectes de Genève et LVPH Architectes de Pampigny.
Au sud du quartier, on devrait donc découvrir un bâtiment hybride bois-béton au caractère industriel affirmé, en référence à l’ancienne zone centrale de l’usine Schenk et en cohérence avec l’atmosphère de la gare et des voies CFF. Au nord, adjacent au site de production de vin de Schenk SA, il est imaginé un parc construit et habité, contenu par un mur. Tantôt mur de soutènement, socle percé et habité, tantôt socle de terrasse.
Quartier SNBS
Inspiré par le
cercle vertueux de durabilité engagé par l’écochai de Schenk, l’ensemble du
complexe veut s’affranchir des énergies fossiles. L’utilisation de l’eau du lac
pour la production de chaleur et de froid, la récupération de la chaleur émise
par la production de vin et l’installation d’un important système
photovoltaïque sur les toits ont valu au projet d’être labellisé en son temps
Site 2000 watts. La certification SNBS Quartier doit en découler logiquement.
« Le démarrage de la
démolition des anciennes halles industrielles de Schenk est programmé pour cet
été, affirme Claire Hyvernaud, cheffe de projet de La Cité du Vin chez Halter.
Et si tout va bien, l’objectif est de déposer le dossier de demande de permis
de construire cette année. »